Un dimanche chez Louise Bourgeois.

"Welcoming hands" par Louise Bourgeois, Jardin des Tuileries (Paris), 2006.

« Welcoming hands » par Louise Bourgeois, Jardin des Tuileries (Paris), 2006.

Un dimanche du printemps 2008 à New-York, deux amis plasticiens et moi attendions devant la porte d’une maison dans le quartier de Chelsea à Manhattan.
Au dire de mon amie artiste, c’est l’installation de Louise Bourgeois dans ce quartier qui l’avait mis à la mode. Tous les dimanches après-midi ou presque jusqu’à son dernier souffle en février 2010, Louise Bourgeois a tenu un Salon à la française et reçu des créateurs chez elle pour leur donner son avis sur leur travail. J’étais étonnée, mais peu de monde en fait, faisait la queue pour rencontrer cette légende vivante alors que même par curiosité, cela valait la peine. A 15 h pile, la porte s’ouvrit et on nous demanda d’entrer dans la salle à manger et de nous asseoir. Consciente du moment privilégié que j’étais en train de vivre, je photographiais l’environnement du regard; C’était pour moi, comme si nous allions rencontrer Picasso ou Chagall, une impression d’éternité planait sur cet endroit et ce moment.
Alors que nous passions devant une petite pièce qui nous semblait être la caverne d’Ali Baba, le cerbère qui servait de secrétaire à l’artiste et dont la mission était de filmer la scéance pour les archives, nous lança un regard noir et suspicieux. Non, nous n’avions rien l’intention de dérober, nous étions simplement subjugués par toutes ces oeuvres et ces ébauches qui jonchaient le sol pêle-mêle.

Chez Louise Bourgeois. Il était bien sûr interdit de la photographier.

Chez Louise Bourgeois

On s’installa et on nous servit du Lillet.
Louise Bourgeois était française et avait gardé ses habitudes. Comme elles, le temps était figé dans cette maison à une époque lointaine.

Chez Louise Bourgeois

Avant qu’elle n’arrive: Sur le canapé, l’emplacement où elle allait s’asseoir. Ensuite, il nous a été interdit de la photographier. La session allait être filmée, comme tous les dimanches, pour ses archives.

Une scène surréaliste se produisit alors: Deux types arrivant par l’escalier de l’étage, portaient dans leurs bras une Louise Bourgeois très âgée, paralysée et presque aveugle.
Chacun à son tour, les artistes présents, venant de tous les horizons et de tous les pays, lui montrèrent leur travail, parfois elle ne bronchait pas, parfois elle faisait un signe. Mon ami Sébastien et moi étions assez dissipés et le Lillet faisait un peu son effet. De surcroit, nous parlions en français. Louise Bourgeois qui ne distinguait plus grand chose, se tournait sans arrêt vers nous en demandant si son fils était dans la pièce.
N’ayant pas été des élèves très disciplinés, Sébastien n’eût pas le droit de présenter ses tableaux et après environ une heure, la séance se termina. Nous n’avions pas très bien compris quel était son enjeu.

A chaque exposition, chaque fois que je vois une oeuvre de Louise Bourgeois, tout me revient de ce jour qui reste gravé dans ma mémoire: J’imagine ses mains à son travail et je vois son regard de créatrice.

Jusqu’au 18 mai 2014 au Scottish National Gallery of Modern Art (Free admission):
« Louise Bourgeois, a woman without secrets ».

A bientôt sur GRAFFITI, le blog du STUDIOLO Paris!

Pour toute information: contact@studiolo-paris.com

GRAFFITI est un blog indépendant.

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