Une France républicaine, une France ambitieuse: « PARIS 1900, Ville spectacle », au Petit Palais (jusqu’au 17 août 2014)

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Henri de Toulouse-Lautrec « Marcelle Lender dansant le boléro dans Chilpéric », 1895-1896. Washington, National Gallery of Art, collection of Mr and Mrs John Hay Whitney © Courtesy National Gallery of Art, Washington.

C’est une exposition événement que propose le Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Petit Palais) jusqu’au 17 Août 2014 qu’il faut absolument aller voir pour la richesse et la qualité des oeuvres rassemblées.

Scénographie de Philippe Demain

Scénographie de Philippe Pumain

Elle se déploie (sur une scénographie de Philippe Pumain, architecte réhabilitateur du Cinéma Le Louxor à Paris) comme suit, en 6 salles reliées par de petits couloirs sur les murs desquels sont projetées des images d’époque des frères Lumière.

1-PARIS VITRINE DU MONDE
La première salle met l’accent sur l’Exposition Universelle de 1900, inaugurée un 17 avril qui marque le changement de siècle. C’est une gigantesque manifestation parisienne qui attire 51 millions de visiteurs venus de partout (la France d’alors compte 41 millions d’habitants) et qui placera Paris au centre du monde pendant une longue période de 7 mois.
On trouve dans cette salle une belle collection d’oeuvres sur papier dont des plans et des projets architecturaux de Charles Girault pour l’Exposition Universelle qui sera l’occasion de grands projets d’urbanisme; Ces manifestations donnent toujours lieu à de nouvelles constuctions, éphémeres pour certaines mais pérennes pour d’autres telles que le Palais du Trocadéro (1878) ou la Tour Eiffel (1889).
En 1900, elle prend place le long de la Seine et couvre quasiment tout Paris. Une porte monumentale surmontée d’une allégorie de la Ville de Paris en marque l’entrée Place de la Concorde.

Décor de la Porte d'entrée monumentale de l'Exposition Universelle de 1900

Partie de décor de la Porte d’entrée monumentale de l’Exposition Universelle de 1900: bas-relief en grès émaillé d’A. Bigot d’après P. Jouve et frise du travail (grès émaiillé), relief d’E. Müller d’après A. Guillot.

Deux nouveaux palais sont construits en pierre et en structure métallique (le Grand et le Petit Palais) mais aussi des gares (construction de la gare des Invalides et de la Gare d’Orsay, réaménagement des gare de Lyon, de l’Est et Montparnasse) et des ponts (réaménagements des ponts réservés aux visiteurs, Pont Alexandre III et Pont d’Iena). C’est une présentation encyclopédique du savoir humain (Pavillon de l’Industrie) avec surtout les nouveaux usages de l’électricité: Eclairage publique, chemin de fer électrique, première ligne du Métropolitain, trottoir roulant (Palais de l’électricité), on y trouve des exposants avec de nouveaux produits et des inventions.

Bouche de métro par Hector Guimard

Une entrée (« bouche ») du Métropolitain par Hector Guimard, certaines sont encore conservées de nos jours. Les décors sont d’inspiration végétale en fonte moulé. Une grande partie a été détruite au fil des années car le projet était controversédès le début. A. Malraux a fait classer les rares éléments restant au titre des Monuments Historiques.

Une grande roue est construite. L’exposition est tournée également vers l’International puisque des villages espagnols, suisses etc.. sont construits. Le Tsar de Russie est même présent à l’inauguration. Le progrès rend la population euphorique et pleine d’espoir.

2-PARIS ART NOUVEAU
Une rotonde propose une magnifique collection d’objets de style Art Nouveau typique de l’art décoratif européen (qui verra son apogée aux alentours de 1900 en Europe et prendra fin avec la première guerre mondiale): Des meubles, des bijoux, de la verrerie, de la cristallerie, de la porcelaine, des vitraux, des sculptures d’artistes illustres y sont disposés.

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Emille Gallé (1846-1914) Vase « Cattleya » en pâte de verre à décor gravé (1900). Différentes couches de cristal se supperposent, la forme imite celle des bronzes chinois de l’époque Han, le décor figurant une orchidée est plaqué en relief.

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Louis Comfort Tiffany (1848-1933) Bouteille queue de paon, 1897 Favrile glass (verre irisé conçu et breveté par L.C. Tiffany)

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Peigne cigalse, Chopard (écaille, perles fines, émail, or)

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Georges-Henri Lemaire (1853-1914) « Le silence » ou « immortalité », 1905. Lapis-lazuli, agate, jaspe, opale et or, Musée du Petit Palais, Paris.

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« Six danseuses » Figurines en biscuit de porcelaine de la manufacture de Sèvres d’Agathon Leonard

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Alfons Mucha (1860-1939) « La Nature », broze doré et argenté, vers 1898- 1900

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Victor Prouvé (1858-1943) , La Nuit, 1894. Bronze. 51 x 76 x 46 cm.

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Guéridon aux nénuphars (1902), Louis Majorelle (1859-1926), lampadaire en fer forgé (1906), Ferdinand Marrou (1836-1917), fauteuil de salon (1900, Expo Universelle), Georges Hoentschel (1855-1915)

Avec L’Art Nouveau, on assiste à une rupture des codes de l’Antiquité et de la Renaissance avec une proposition issue d’un répertoire naturaliste. En ce sens, il établit les fondements de l’Art du XX e siècle en remettant en cause la hiérarchie entre les différentes formes d’expression artistique. Il prône également l’assymétrie qui sera à l’origine de mouvements tels que le cubisme: Une idée simple qui ouvre des portes infinies à la création mais révolutionnaire puisque jusque là il était inconcevable que le « beau » puisse s’exprimer autrement que par des représentations visuellement « équilibrées ». Le terme d’ « Art Nouveau » semble être né en référence à l’enseigne d’une galerie extrèmement renommée et faiseuse de tendances de l’époque: La galerie d’Art Oriental Bing. Après-guerre, l’exhubérence de son expression sera décriée.

3- PARIS, CAPITALE DES ARTS
L’essor des Arts (1890-1900) est lié à l’essor économique de l’époque. Cette salle présente les artistes et mouvements artistiques établis (L’Impressionisme, le Symbolisme, Rodin) et les artistes et mouvements en devenir (Les Nabis, le pictorialisme- estampes, affiches, photographie, médailles). Les thèmes y reflètent le temps: Heureux, allégorique, bonheur de vivre en famille, mais aussi travail et misère). Puis l’on trouve une petite salle autour de Rodin (auquel a été consacrée une grande retrospective en même temps que l ‘Exposition Universelle) avec des croquis et des plâtres ainsi qu’un bronze de Camille Claudel le représentant.

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P.- A. Renoir (1841-1919) Yvonne et Christine Lerolle au piano, 1897 Huile sur toile, Paris, Musée National de l’Orangerie

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Pierre-Auguste Renoir Berthe Morisot et sa fille, vers 1894 pastel et fusain, Petit Palais, Paris

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Paul Cezanne (1839-1906) Portrait d’Ambroise Vollard ( vers 1899) Huile sur toile, Paris, Petit Palais

Odilon Redon paris 1900

Odilon Redon (1840-1916) Veil ange vers 1892-1895 Pastel et fusain,Paris, Petit-Palais

Denis Puech (1854-1942) "La pensée", 1899_1902,  marbre polychrome

Denis Puech (1854-1942)
« La pensée », 1899_1902,
marbre polychrome

On voit à cette époque l’avènement de la spéculation sur le marché de l’art où le marchand d’art acquiert un rôle prédominant, avec une prédilection pour la technique de la gravure.

4- LE MYTHE DE LA PARISIENNE
Cette partie met en évidence le « chic » parisien, la femme élégante de l’époque. On trouve ici l’ évocation de la Marianne qui ornait la porte monumentale, une statue en plâtre polychrome de Paul Moreau- Vauthier (qui n’a pas été conservée) « La parisienne accueillant le monde » et qui était vêtue par la Maison Jeanne Paquin (la grande modiste d’ alors). On trouve dans cette salle divers représentations et illustrations de mode, témoignage du rayonnement français, car il ne faut pas l’oublier, l’exposition Universelle était avant tout une exposition commerciale.

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Robe de dîner achétée par une cliente américaine, attribuée à Worth, Paris. (Soie et dentelle).

Robe de dîner achétée par une cliente américaine, attribuée à Worth, Paris. (Soie et dentelle).

5- PARIS LA NUIT
Mise en exèrgue de la vie nocturne, de l’ éclairage, Paris « Ville Lumière », pôle internationalement attractif avec ses grandes salles de réception (le Pré Catelan, le Pavillon d’Ermenonville), ses spectacles sur les boulevards, les nuits parisiennes de la rive droite: les Champs-Elysées, le Palais-Royal, le Halles (Paillard, Prunier, Café Riche), ses cabarets (Le chat noir) et ses offres érotiques.

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Enseigne du cabaret « Le chat noir » à Montmartre

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Enseigne du cabaret « le chat noir » en tôle peinte découpée d’après Willette, 130cm X 96 cm (1881), Paris, Musée Carnavalet

Un grand ensemble d’affiches publicitaires dans cette salle refléte la prolifique création artistique de l’époque où la technique de la lithographie (procédé inventé un siècle plus tôt) connait son plus grand essor. Ces affiches qui, du fait de leur usage sont devenues rares, sont aujourd’hui des affiches de collection prisées dans le monde entier. Cette exposition constitue une riche documentation, précieuse pour les chercheurs et les collectionneurs.
Au centre de cette salle, on n’a pas manqué de reconstituer un cabinet de curiosités érotique avec un ensemble de photographies et un fauteuil de la Maison Soubrier, le fauteuil de « volupté » ou d' »amour » du Prince de Galles Edouard VII.
Au fond de la salle, le premier film érotique de l’histoire du cinéma « le coucher de la mariée » d’Eugène Pirou (1841-1909), un effeuillage coquin avec l’actrice Louise Willy (film 35 mm en noir et blanc, numérisé en 2013, cinémathèque française).

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6-PARIS EN SCENE
Au tournant du XX e siècle à Paris, le spectacle est partout, sous toutes ses formes: Traditionnelles avec le cirque, le music-hall, les cabarets, le théâtre (des témoignages sur Sarah Bernarhdt) ou l’Opéra (évocation du « Cendrillon » de Massenet en 1899 à l’Opéra Comique) mais également avec les nouvelles inventions techniques comme le cinéma (avec la projection du film de Georges Meliès: « le voyage dans la lune », 1902) ou le phono-cinéma.

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Jean-Léon Gérôme (1824-1904) Sarah Bernhardt Marbre polychrome, Paris, Musée d’Orsay

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Charles Bianchini (1860-1905) Casque de fée pour Cendrillon, 1899 Métal doré et pierres de couleur, Paris, Bibliothèque-Musée de l’Opéra)

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Attribué à René Lalique (1860-1945) aumônière portée par S. Bernhardt dans Gismonda de Victorien Sardou

En conclusion, des documents et des objets exceptionnels en grande quantité à découvrir avec un guide, dans une présentation où l’on regrette l’aspect quelque peu chargée des salles un peu sombres mais qu’il ne faut tout de même pas manquer car fondammentale pour la compréhension de l’Art du XX e siècle et contemporain dans son ensemble.

Petit Palais jusqu’au 17 août 2014
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris
Tel : 01 53 43 40 00

A bientôt sur GRAFFITI!
Pour tout renseignement: contact@studiolo-paris.com
GRAFFITI est un blog indépendant.

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