Leonard ce héraut

leonard-cohen-1960s

Pourquoi Leonard Cohen a une voix singulière:

J’aime à me demander quels chemins ont mené un artiste à trouver son expression et plusieurs questions m’interpellaient au sujet de Leonard Cohen.
Celui qui aime à dire que la chance intervient souvent dans un parcours, alors que je pense que davantage que la chance, le génie et la grâce l’ont porté, a été guidé par une grande curiosité, par une grande sensibilité ainsi (et ce n’est pas un secret) que par une quête spirituelle.
De culture anglosaxone, il avoue lui-même n’avoir jamais réussi à être totalement bilingue tant cette culture était profondément ancrée en lui. (Il a grandi dans un quartier huppé où l’on parle l’anglais d’une ville francophone, Montréal). Il dit se sentir étranger* au monde, solitaire sans doute depuis la mort de son père alors qu’il n’a que 9 ans (qu’il évoque, même si ce n’en est pas le sujet, dans « Story of Isaac »*) malgré une famille aimante (« J’ai eu une enfance messianique, on me disait que je descendais d’Aaron »).
Au cours de son adolescence, il forme un groupe de musique country-folk avec quelques copains mais il est surtout très vite touché par les textes et la poésie qu’il commence à étudier assez jeune. Il étudie très sérieusement la poésie (notamment la poésie Européenne, ce fût déterminant) ainsi que la littérature Anglaise (et les auteurs Canadiens contemporains) à l’Université. Il en acquiert les bases académiques très strictes, ce qui a probablement structuré solidement pour toujours le corps de ses poêmes et de ses chansons.

« I followed the course to the chaos to art »*

Alors qu’il reçoit en 2011 le Prix Princesse des Asturies des Lettres, il dévoile deux clés des tremplins qui l’ont propulsé dans son entreprise musicale, sa «Tour de chanson» («Tower of song*»). Il connaissait la poésie mais pour la pratiquer, il lui fallait trouver son propre chemin. Ce fut à la lecture de Federico Garcia Lorca. Ce dernier serait son modèle. Ce n’est pas un hasard car Leonard est très préoccupé par son époque et par les souffrances de ses contemporains. Il est doué d’empathie pour son prochain. L’homme est passionné mais pudique (tout comme Lorca, les non-dits dans ses textes sont aussi importants que ce qui est dit), révolté et engagé mais jamais fanatique.
Au cours de ce même discours, il raconte une touchante anecdote: Alors qu’il rendait visite à sa mère, dans le parc devant sa maison, un jeune homme jouait de la guitare d’une manière qu’il n’avait jamais entendue auparavant. Le garçon, espagnol, lui expliqua qu’il s’agissait de Flamenco. Aussitôt, Leonard lui demanda de venir lui donner des cours, ce qu’il fit dès le lendemain. Leonard était donc sensible à la culture latine, européenne. Était-ce son âme slave, la liturgie juive entendue dans les synagogues, toujours est-il que ces fougueuses modulations musicales mélancoliques l’attiraient.
Le premier jour, le garçon ne fit qu’accorder la guitare de Leonard et en sortit des sons que celui qui n’était pas encore un chanteur ne pensait jamais qu’elle puisse émettre. Le deuxième jour, il lui montra le tremolo sur les 6 accords du Flamenco, Leonard ne pu le reproduire, le troisième jour, ça y est, il l’avait appris mais ne le maitrisait pas. Le quatrième jour, son camarade ne vint pas et en appelant chez lui, il apprit qu’il s’était suicidé. Leonard, très attristé, ne su jamais grand-chose de lui, pourquoi il était au Canada, ce qu’il y faisait; il partit avec cette énigme mais lui laissa en héritage ce trémolo, ces 6 accords sur lequel il dit que toutes les compositions de ses chansons sont basées.
C’est le secret de ses mélodies harmonieuses et plaisantes bien que monotones sur lesquelles il peut indéfiniment poser intelligemment ses textes profonds et sophistiqués et sa mystérieuse voix plaintive, chaude ou rauque.

Quel autre chanteur Pop (rappelons que Leonard Cohen est auteur-compositeur-interprète), avec une même constance au cours des années et une même rigueur, a su tracé sa route jusqu’aux sonorités les plus modernes de ses derniers concerts en tournée internationale (The Grand Tour) ou de ses derniers albums enregistrés en studio (« Old Ideas », 2012, « Popular Problems », 2014)?

Parce-que Leonard Cohen a su tisser une subtile toile à la croisée des continents et au confin des cultures, il est et restera un poête et un chanteur unique, singulier et universel.

héraut: Annonciateur, messager, chantre.

* « The stranger song » Parfaite illustration du tremolo comme base musicale dans l’oeuvre de Leonard Cohen, mais également de son génie littéraire et de sa sensibilité (Leonard pleure à la fin de la chanson).

* « Story of Isaac », album « Songs from a room », 1969.
* « Tower of song », Album « I am your man », 1988
* »Book of longing » Recueil de poèmes, 2006.

Info +: Sorti le 12 mai 2015 son dernier album live: « Can’t forget: A Souvenir of the Grand Tour »: Cet opus, qui contient des captations rares (dont un titre en Français, « La Manic ») enregistrées en public ou pendant les répétitions de la tournée « Old Ideas » (2012-2013), de qualité studio néanmoins, est un important témoignage dans l’oeuvre de L. C. C’est une parfaite réalisation aux sublimes arrangements musicaux d’un homme (enfin) apaisé et d’un chanteur accompli qui semble attendre sereinement la suite (quelle qu’elle soit).
G. bless you Mr Cohen

Leonard Cohen releases Can't Forget: A Souvenir of the Grand Tour on May 12, 2015. (PRNewsFoto/Legacy Recordings)

Leonard Cohen releases Can’t Forget: A Souvenir of the Grand Tour on May 12, 2015. (PRNewsFoto/Legacy Recordings)

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